L'intermédiation locative, du logement ultra-social en panne d'offres

"Le temps de rebondir", Pamela Yebi Kono occupe un appartement de la banlieue parisienne grâce à l'intermédiation locative. Ce dispositif visant à simplifier le lien entre locataires précaires et propriétaires est plébiscité par les bénéficiaires, mais l'offre peine à répondre aux besoins.

A Cergy (Val-d'Oise), l'agence immobilière sociale Soliha Île-de-France "se charge du loyer et me laisse payer une participation d'un montant d'un peu plus de 300 euros, soit 25% du loyer, pour un appartement de 50 m2", se réjouit Zulu Nata Kuetuka auprès de l'AFP.

Dans sa chambre à coucher, un lit de fortune est fait de trois matelas empilés, comme un rappel d'une situation financière précaire.

Titre de séjour, licenciement, divorce... Cette mère de 43 ans originaire de République démocratique du Congo, qui accumule les difficultés, s'efforce de concilier recherche d'emploi et garde de deux enfants en bas âge.

Heureusement Zulu Nata Kuetuka est déchargée du paiement du loyer au propriétaire et de l'entretien du logement, assumés par Soliha.

Elle bénéficie en effet du système de l'intermédiation locative (IML), d'une durée initiale de 18 mois, mais reconduit depuis plusieurs années en ce qui la concerne.

"Grâce au logement fixe qu'on m'a attribué, j'ai pu faire mes formations tranquillement et développer des compétences professionnelles. C'est indispensable pour vivre sereine", confie-t-elle.

"Choix solidaire"

D'autres personnes à faibles revenus se voient proposer une forme d'intermédiation locative différente, prévue sur trois ans: le mandat de gestion.

Ici, le tiers social sert de simple "interlocuteur entre le propriétaire bailleur et le locataire", explique à l'AFP la directrice de Soliha IDF, Natalia Gaire.

Tremplin plus direct vers le parc social traditionnel, ce dispositif offre une garantie de paiement pour le propriétaire mais demande un effort financier supplémentaire de la part du ménage concerné.

"Je paye tout le loyer, entre 600 et 700 euros" par mois, dit Pamela Yebi Kono dans son appartement de 45 m2 situé dans un quartier paisible près d'un parc à Orly (Val-de-Marne). Un motif de fierté pour cette trentenaire sans emploi installée avec ses deux fils depuis un an et demi, et qui ambitionne de créer une auto-entreprise de VTC.

"On ne place les familles ni dans un hôtel, ni en centre d'hébergement et de réinsertion sociale. Les ménages sont dans un logement et gagnent en autonomie", se félicite la responsable, Natalia Gaire.

Selon elle, l'IML s'inscrit parfaitement dans la stratégie gouvernementale "Logement d'abord", qui vise le passage "de la rue au statut de locataire".

Attirer des propriétaires dans ce dispositif n'est cependant pas aisé. "Prendre le risque de tenir un bail" avec un public précaire inquiète de nombreux bailleurs, reconnaît Natalia Gaire.

Stéphanie Gosso a tout de même opté pour ce "choix solidaire" en achetant en 2020 un bien qui était déjà sous IML, à Choisy-le-Roi (Val-de-Marne).

"En cas de problèmes de voisinage ou de travaux au niveau des sanitaires", l'intermédiaire prend la main, salue-t-elle.

Comme la majorité des propriétaires, elle avoue avoir aussi été rassurée par des avantages fiscaux. "Dans mon cas, je ne paye pas d'impôts", reconnaît-elle.

Offre en baisse

Les "tiers" sociaux - opérateurs, organismes agréés ou associations - s'appuient sur des mesures incitatives telles que des primes ou des subventions pour des travaux énergétiques versées par l'Etat.

Les pouvoirs publics financent "plus de 90.000 places en intermédiation locative, soit l'équivalent de la population de la ville de Poitiers, contre moins de 30.000 une décennie auparavant", constate le Haut Comité pour le droit au logement dans une étude parue en novembre dernier.

Mais l'IML, censée pallier l'engorgement des listes d'attente pour les logements du parc social traditionnel, peine à renouveler son offre.

Le nombre annuel de nouveaux logements conventionnés est tombé de 16.267 en 2008 à seulement 7.481 en 2023. Cette baisse restreint "progressivement le volume de logements mobilisables", s'inquiète le Haut Comité.

L'institution gouvernementale a formulé plusieurs propositions pour enrayer cette diminution, dont celle de placer le dispositif "au coeur de la future réforme du statut du bailleur privé".

Pour Natalia Gaire, il faut surtout fluidifier "les interactions" entre les opérateurs sociaux et les collectivités, afin que l'intermédiation collective bénéficie d'une communication large et positive.

© 2026AFP