La "taxonomie verte", classification des activités jugées "durables", doit fournir des standards communs aux investisseurs et attirer la masse de capitaux privés nécessaire pour atteindre les objectifs climatiques de l'UE.
La publication de la Commission européenne "couvre les activités économiques de quelque 40% des sociétés cotées dans les secteurs responsables de près de 80% des émissions directes de gaz à effet de serre", de la sylviculture aux transports et à la construction, assure Bruxelles.
Ce texte, juridiquement contraignant, s'appliquera à moins d'être rejeté en bloc par le Parlement européen ou une majorité d'Etats. D'autres textes doivent suivre sur d'autres aspects de la taxonomie d'ici fin 2021.
Mais pour l'heure, ni le gaz --malgré plusieurs semaines de spéculation-- ni le nucléaire n'en font partie.
"Le gaz naturel n'est ni inclus ni exclu dans la taxonomie", après que la consultation publique a "laissé apparaître des visions très contradictoires" sur l'intégration d'une énergie fossile, observe l'exécutif européen dans un communiqué.
"Le choix pouvait être de ne rien faire tant que tout n'était pas tranché. Mais nous n'avons pas le temps" face à la crise climatique, c'est "un document voué à évoluer", fait valoir Mairead McGuinness, commissaire aux services financiers.
- Dépendance aux fossiles -
Une première version élaborée fin mars comprenait les centrales à gaz parmi les investissements verts au titre d'"énergie de transition", à condition qu'elles remplacent des centrales à charbon, et en relevant leur seuil maximal d'émissions de CO2 toléré.
La proposition avait provoqué une levée de boucliers d'eurodéputés et d'ONG environnementales, mais aussi d'une poignée d'Etats (Autriche, Danemark, Irlande, Luxembourg et Espagne).
Désormais, Bruxelles envisage "plus tard dans l'année" un texte séparé, qui se concentrerait sur la façon d'abandonner le charbon, dont les pays de l'Est restent très dépendants, a expliqué le vice-président de la Commission Valdis Dombrovskis.
Quitte à ce que ce soit en-dehors de la taxonomie, s'il s'avérait impossible d'appliquer les critères exigés, et via une procédure législative classique en concertation avec Etats et eurodéputés, a-t-il précisé.
Au risque aussi de perpétuer la dépendance à l'égard des énergies fossiles, alors que le méthane émis par le gaz naturel est plus nocif que le CO2.
"La taxonomie veut justement éviter ce type de dépendance au carbone (...) On envisage des limitations dans le temps pour le gaz", a affirmé M. Dombrovskis à l'AFP.
- Forêts en péril ?-
Bruxelles avait d'emblée décidé d'examiner ultérieurement le nucléaire, autre pomme de discorde, même s'il n'émet quasiment pas de CO2. "Une évaluation scientifique est en cours et sera terminée cet été", précise Valdis Dombrovskis.
Un rapport d'experts scientifiques de la Commission fin mars, jugeait les impacts du nucléaire "comparables à l'hydroélectrique et aux énergies renouvelables, si l'on excepte l'aspect radioactif".
Une évaluation très controversée désormais soumise à des experts en radioprotection et à un comité chargé de la santé et de l'environnement. Plusieurs Etats, France en tête, font une active promotion de l'atome civil.
"Nous ne sommes pas dupes (...) Le combat se poursuit dans les couloirs européens pour faire inscrire (gaz et nucléaire) dans la taxonomie", dénonce l'eurodéputée verte Marie Toussaint.
Un autre point suscitait de vives critiques: des critères jugés laxistes pour l'exploitation forestière et la bioénergie, le simple respect des législations actuelles suffisant à obtenir un sceau de "durabilité" tandis que les petites parcelles seront exemptées de contrôle.
"Ces nouvelles règles sont si faiblardes qu'elles mettent en péril les forêts européennes: couper des arbres est considéré comme +vert+ et tous les types d'arbres sont jugés équivalents", de quoi encourager le remplacement de forêts par des monocultures, s'alarme Hannah Mowat, de l'ONG Fern.
"C'est à rebours de la science environnementale et cela crée un inquiétant précédent", abonde Sébastien Godinot, de WWF.