Comme en 2022, où l'invasion de l'Ukraine par la Russie deux semaines avant le Marché international des professionnels de l'immobilier (Mipim) avait déstabilisé ses participants, l'édition 2026 du salon se déroule une semaine après le début de l'offensive américano-israélienne en Iran.
"En terme de présence, il n'y a pas de changement normalement", indique à l'AFP Nicolas Boffi, nouveau directeur du Mipim depuis septembre, qui suit la situation de près, notamment pour ses collaborateurs basés au Moyen-Orient.
Les délégations en provenance d'Arabie Saoudite et d'Oman ont confirmé leur venue à l'événement qui a accueilli plus de 20.000 participants en 2025, principalement des investisseurs, des promoteurs, des aménageurs, des gérants de biens immobiliers et des acteurs publics de la ville.
La question de la guerre au Moyen-Orient sera "une des grandes discussions au Mipim", selon Irène Fossé, directrice de la recherche et de la stratégie du gestionnaire de fonds immobiliers AEW. Il est néanmoins encore trop tôt pour évaluer les impacts que pourrait avoir le conflit sur l'inflation, les taux d'intérêt, les investissements et globalement l'immobilier.
"Cela dépendra de la durée du conflit et de son embrasement", complète Nicolas Boffi, qui estime que "la géopolitique a plus d'impact sur l'immobilier aujourd'hui", car "le monde actuel est un monde incertain avec un contexte géopolitique plus compliqué".
En 2025, le secteur immobilier a dû composer avec des inquiétudes géopolitiques, des incertitudes politiques en France, les annonces de droits de douane renforcés par Donald Trump aux Etats-Unis et une utilisation des bureaux par les entreprises toujours en-dessous des niveaux pré-Covid.
"Nouvel élan"
Malgré cela, l'immobilier "s'en est plutôt bien tiré", avec des investissements qui progressent en France et en Europe, souligne Irène Fossé.
Les collectes et levées de fonds sont redevenues positives l'année dernière, donc "il y a un peu plus d'argent disponible pour l'immobilier", assure Nicolas Verdillon, directeur investissements France du conseiller en immobilier d'entreprise CBRE.
Le Mipim se voit donc dans "une sortie de crise assumée, avec un nouvel élan", assure son organisateur M. Boffi, qui a invité pour le discours d'ouverture l'économiste Philippe Aghion, prix Nobel de l'économie, pour parler de technologies, de croissance et d'activités qui déclinent au profit d'autres qui émergent.
Le maître mot des professionnels actuellement est la diversification, pour ne pas trop dépendre de l'immobilier de bureaux, en berne depuis plusieurs années à cause de l'essor du télétravail et du manque de confiance des patrons qui préfèrent investir dans leur activité plutôt que dans leurs locaux.
En 2025, 1,6 million de mètres carrés de bureaux ont été loués ou vendus à des nouveaux occupants en région parisienne, au plus bas depuis 2002 (hors Covid), selon Alexandre Fontaine, directeur bureaux Ile-de-France de CBRE. Il ajoute cependant que le nombre de renégociations de baux par des locataires déjà installés n'est pas comptabilisé dans ce chiffre et a été particulièrement important l'an dernier.
Face à cette demande en berne, les investisseurs misent davantage sur les bureaux "prime", les immeubles bien placés, modernes et qui disposent de services inspirés de l'hôtellerie.
Les bureaux sont redevenus la première destination des investissements immobiliers en France et la seconde en Europe, derrière le logement, selon Nicolas Verdillon.
Les investisseurs misent aussi sur le logement, surtout les résidences étudiantes, les hôtels et les centres de données, qui ont particulièrement le vent en poupe. Des thèmes abordés dans des conférences du Mipim, en particulier les data centers qui auront droit à leur tout premier sommet dédié.
Comme depuis deux ans, le salon s'ouvre lundi sur une demi-journée dédiée aux enjeux de logement, qui présentera des solutions pour créer du logement abordable et accueillera le ministre français de la Ville et du Logement Vincent Jeanbrun.
"Un nombre historiquement important de ministres du Logement" participent à l'édition 2026, selon Nicolas Boffi, dont les ministres du Royaume-Uni, d'Irlande, d'Oman et d'Ouganda.
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