"J'ai à peine 90 logements à louer à Paris", dont une dizaine de parkings, et "22 logements disponibles à Lyon", a lancé mercredi Zahir Keeno, président de Foncia ADB, pour illustrer la rareté de l'offre locative.
Selon des chiffres publiés mercredi par le groupe, leader de la gestion locative en France, le nombre de logements disponibles à la location s'est réduit de 7% en 2025 par rapport à 2024 et les contrats de location signés ont baissé de 3,5%.
Impossible "de répondre à tous les étudiants qui arrivent", a souligné Zahir Keeno lors d'une conférence de presse. "La tension est forte sur les métropoles, les villes étudiantes et les zones touristiques."
Pour les ménages en recherche, c'est effectivement "très compliqué car il n'y a quasi rien", rapporte Bertrand, 31 ans, futur père qui cherche à déménager pour avoir une chambre supplémentaire.
En quatre mois de recherche, ils n'ont visité que quatre appartements avec sa femme. "Il y a tellement peu d'offres pour un trois-pièces", les rares publications "sont affichées à peine deux heures ou sont hyper chères", poursuit Bertrand, habitant de Paris, qui préfère taire son patronyme.
"On ne trouve même pas d'appartement où déposer des dossiers" et "on est face à des agents immobiliers au ton agressif et méprisant car ils n'ont pas de difficulté à trouver des locataires", témoigne-t-il.
La situation était déjà compliquée depuis plusieurs années et "c'est de pire en pire", constate Yann Jéhanno, président du réseau Laforêt France.
Gouffre des travaux
Cause principale, selon le patron de Foncia, le découragement des propriétaires bailleurs, en particulier ceux qui font face à des besoins de travaux.
Parmi les 12.000 propriétaires bailleurs qui ont retiré le mandat de gestion confié à Foncia, 47% ont fait le choix de vendre à cause "des contraintes réglementaires grandissantes et d'une rentabilité dégradée", rapporte la société.
Les autres ont notamment choisi de gérer leur bien sans l'aide d'une agence, d'opter pour de la location saisonnière ou de le retirer de la location le temps de faire des travaux eux-mêmes.
Frédéric, un professionnel de l'immobilier à la retraite qui n'a pas souhaité que son nom soit cité, confirme que le coût des travaux est devenu le principal obstacle à la rentabilité de ses logements en location.
A titre personnel, il a investi tout au long de sa carrière dans l'immobilier et détient désormais une cinquantaine de logements - une situation qui ne concerne pas la majorité des propriétaires bailleurs, seuls 246.000 individus détenant plus de dix logements, selon l'Insee.
"En 2025, on a eu 40.000 euros de travaux de rénovation énergétique, 20.000 euros de ventilation mécanique contrôlée dans un immeuble, plus les appartements libérés qui ont dû être rénovés", détaille-t-il.
Ces frais s'ajoutent aux prélèvements de l'Etat : "impôt sur le revenu, contribution sociale généralisée (CSG), impôt sur la fortune immobilière, taxe foncière, je suis à environ 84% de retenues. Il ne reste rien", se plaint Frédéric. Cette année, sa "trésorerie est négative et donc il faut piocher dans les économies".
"Le parc locatif tourne moins, il n'y aura pas de solution tant qu'on ne relance pas l'investissement", estime Yann Jéhanno.
"Les contraintes actuelles ne contribuent pas à renforcer l'offre en quantité suffisante", complète de son côté Loïc Cantin, président de la Fédération nationale de l'immobilier.
Les annonces du gouvernement sur ce point pourraient susciter un peu d'optimisme. La semaine passée, un dispositif d'investissement locatif a été glissé dans le projet de budget pour 2026, sur lequel le gouvernement a engagé sa responsabilité par un 49.3.
Le dispositif reprend les principes du "statut du bailleur privé", mais avec des curseurs plus avantageux pour les propriétaires bailleurs, y compris de logements anciens sous réserve de réaliser des travaux importants.